samedi 16 février 2013

La Boca et ses danseurs de Tango


Mardi 5 février, sursaut au réveil. Le réveil n'a pas sonné ! Je me prépare très rapidement, espérant arriver à temps au Buquebus, la station des ferrys. En effet, je souhaite embarquer à Buenos Aires pour rejoindre Colonia de Sacramento en Uruguay et faire l'aller-retour dans la journée. Malheureusement, le réseau ferroviaire n'est pas mon allié et une fois arrivée à ma station de San Isidro, le train vient juste de partir. je dois attendre le prochain train qui arrive dans 20 minutes : aïe, mon retard se creuse !
Le train est là ! C`est périlleux mais je parviens à m'incruster dans la foule de Portenos qui se dirige vers le centre pour se rendre au travail. Le métro parisien n`a vraiment rien à envier au réseau ferroviaire de Buenos Aires aux heures de pointe ! Heureusement le trajet est de courte durée. 

J'arrive à la station des ferrys et mon ferry part juste sous mes yeux. Tant pis, je ne me laisse pas abattre, je partirai demain ! Je prends donc le temps d`acheter mes billets pour le lendemain et là, surprise ! Les prix représentent le double de ceux annoncés sur le site internet de la compagnie. Je le souligne au vendeur qui vérifie ses tarifs et me trouve une place au tarif que je lui indique. Je ne comprends pas ce qui justifie les différences de prix mais peu importe, je suis heureuse d`avoir obtenu mes billets pour me rendre demain en Uruguay!

J'ai donc une journée supplémentaire devant moi pour profiter de Buenos Aires :)

Je décide de retourner dans le quartier de la Boca qui m'a tant plu pour sa zone non touristique et son aspect authentique mais également pour sa zone touristique et ses façades colorées. Cette fois-ci je pars en bus pour la zone touristique uniquement car cela reste risqué de se promener dans les rues du quartier qui ne sont pas encadrées par la police.



Le fait d`emprunter le bus me permet d`arriver à une heure raisonnable où les commerces et les restaurants sont ouverts et de pouvoir admirer des danseurs de Tango. Certaines boutiques sont charmantes, très colorées et aménagées dans la cour des jardins des maisons. Je regrette que les prix des produits vendus soient autant élevés !  Je me contente donc de flâner et de me promener d`une boutique à une autre.


Au cours de ma balade, je me promène dans des rues où des personnes vêtues comme des danseurs de Tango ne font rien d`autres que prendre des pauses avec des touristes tout en mimant des pas de danse devant l`objectif des appareils photos. Le touriste est néanmoins content d`avoir payé 100 pesos pour prendre quatre photos avec des soi-disant danseurs de Tango que personne ne voit danser. 

Un peu plus loin, j'aperçois de véritables danseurs de Tango sur les terrasses des restaurants. Le Tango est une danse qui a connu de nombreuses mutations au cours des âges. Au XIXe siècle, ce fut une danse pratiquée par les esclaves présents sur le territoire sud-américain. Le style de cette danse fut affecté par les blancs qui se l`approprièrent pour imiter les esclaves et se moquer de leur manière de danser. Ils n`imaginaient pas, à ce moment-là, que leur attitude dégradante contribuerait à créer de nouveaux pas et à participer à la construction du Tango argentin tel que nous le connaissons aujourd'hui. Pour les blancs issus de la Bourgeoisie tout ceci ne demeurait qu`une farce et il n`était pas envisageable de pratiquer cette danse (qui n`en n`était pas une pour eux) en société. Seules les danses de salon venues d`Europe pouvaient être pratiquées.
Néanmoins, les classes inférieures de la société argentine dansaient le Tango et faisaient émerger cette danse dans des bordels et autres lieux clandestins pour se distraire en période de dictature militaire. Là encore, la manière de danser évolua puisque les classes inférieures, désireuses d`adopter une attitude distinguée en dansant, intégrèrent des pas issus des danses de salon. 
Au début du XXe siècle, une évolution majeure toucha le Tango argentin : elle se produisit suite aux voyages réalisés par les jeunes bourgeois argentins à Paris. Ceux-ci souhaitaient profiter de leur séjour dans la capitale française pour attirer l`attention de jeunes françaises et les séduire : ils le firent grâce au Tango. La bourgeoisie française adora cette danse qu`elle considéra comme une danse de salon. Et c`est ainsi que le Tango revînt en Argentine par la grande porte puisque la bourgeoisie de Buenos Aires apprécie les danses de salon venues d`Europe qu`elle percevait comme un signe de distinction.

A la Boca, le Tango occupe une place importante : la zone touristique appelée "El caminito" tire son nom d`une chanson populaire de Tango. Le stade ou s`entraîne l`équipe de football de la Boca junior a également été le lieu qui accueillit, en 1941, un événement exceptionnel qui consista à regrouper  15 000 couples de danseur de Tango sur une unique piste de danse.




Face aux danseurs de Tango, l`attitude des touristes est déplorable : ils déjeunent tout en les regardant danser et ne prennent même pas la peine de lâcher leurs couverts pour les applaudir à chaque fin de danse. Certains osent même les interrompre au cours d`une danse pour obtenir une photo en leur compagnie moyennant quelques billets. Je suis stupéfaite ! Ces quelques mots ne cessent de raisonner dans ma tête : "mais qu`ils sont cons ces touristes !!!". Je le pense si fort que ma pensée se transforme en sons qui forment des mots très délicats une fois posés sur mes lèvres.

Malgré l`attitude ingrate et irrespectueuse des touristes, les danseurs de Tango saluent et remercient le public même en l`absence d`applaudissement et dansent inlassablement. J'applaudis vivement et reste là quelques danses pour admirer le spectacle. Je m'éloigne ensuite pour boire une bière Quilmés en terrasse d`un café et apprécier là encore la prestation de danseurs de Tango. Je profite de cet instant avec plaisir dans un environnement plus familial et convivial puisqu'il semblerait que la danseuse soit de la même famille que la gérante du café. Pendant qu`elle danse, son fils court autour des tables...

2 commentaires:

  1. Vous nous faites vraiment envie les loulous!! Prochaine étape donc Urugay!! ça déchire! On vous envoie pleins de gros bisous de Toulouse.

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  2. On s`éclate et on profite à fond ! Gros bisous de nous deux à toute la colloc !

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